GUNUNG RINJANI ou le mirage d’une ascension orgueilleuse
Nous avions donc convenu que notre prochain weekend escapade devrait justifier d’une activité physique difficile, une
sorte excursion a dominante athlétique, un challenge volontaire qui prendrait la forme d’une torture punitive de tous
nos excès!
Il faut dire qu’après une longue série de weekends léthargiques
sur des îles lointaines, à squatter de splendides plages ou
gentiment caboter de jolis bateaux, notre joyeuse équipe de
vainqueur avez développé de formidables capacités. Entre
autre, la capacité d’endurer d’interminables déjeuners ou nous
engloutissions d’extraordinaire quantité de poissons ou
langoustes grillées, ou encore, la capacité de battre des records
de vitesse a l’endormissement en terrain sableux et en plein
soleil, nous étions recordmen de ‘’la danse en fauteuil’’ et du
‘’déhanchée/cadencé’’ accoudé au bar, nous étions capables de
parcourir des kilomètres de bières et maîtrisions a la perfection
le ‘’frapper/jeter/déglutiner’’ de Grey Goose sèche. Bref
d’invraisemblables athlètes à qui il était grand temps de dire
STOP !
Après quelques recherches, nous tombons sur l’un des treks les plus
ardus d’Indonésie ‘’Le Mont RINJANI’’, nous bookons 1 guide, 4
porteurs ainsi que tous les équipements nécessaires à la randonnée.
Celle‐ci s’organise autour de 3 jours de marche pour gravir le
sommet du volcan, apparemment actif, et 2 nuits à dormir sous la
tente. L’émulation des préparations physiques bats son comble, l’un
s’enorgueillie de faire 12 pompes chaque matin, l’autre de parcourir
6 kilomètres en moins de 30 minutes et le dernier de pouvoir
monter à la corde sans les pieds !! Bref, on sent que ce Rinjani va
être du gâteau…
Le départ
Mataram 5am ‐ Impossible de réveiller notre concurrent numéro 1 (pour ne pas citer son nom) il ronfle à rêves perdus
d’iles lointaines et de sexe à moindre effort, concurrent numéro 2 est plongé dans son bol de Chocapic pour ‘’Accumuler
des fibres énergétiques et prévenir la rétention d’eau dans les muscles’’ me dit il !! Quant à moi, je suis au taquet,
j’attaque direct les échauffements dans le hall de l’hôtel et j’ai tout mon équipement fin prêt pour l’ascension.
Ca y est. On y est. On attaque la section initiale, la base du
volcan!! Toutes nos belles paroles, nos idées préconçues
s’envolent et laissent dévoiler peu à peu la réalité d’une
ascension qui se dresse devant nous… La première attente fût
de voir des paysages verdoyants, de la nature brute, des
perspectives d’horizon infini et respirer de l’air pur … VERIFIE
elles sont là, c’est vibrant !! La deuxième attente concerne le
niveau de difficulté du trek, l’impraticabilité du terrain, la
raideur de la pente et les conditions atmosphériques… PAS
VERIFIE, pour l’instant tout coordonne, le chemin est bien tracé
et sans obstacles, il fait beau, bref c’est trop facile !! La
troisième attente intéresse le rythme de croisière, j’ai envie de tracer vite, de faire la montée façon chasseur alpin, ou
légionnaire en vadrouille, courir et mettre à l’amende les guides pour atteindre ce putain de sommet en un temps
record… PAS VERIFIE, on est ligoté à un couple d’autrichien qui n’avancent pas, je boue d’impatience, je trépigne de
prise de vitesse !! Bon finalement, nous marcherons calmement 3h durant, avant de faire escale pour le déjeuner.
GUNUNG RINJANI ou le mirage d’une ascension orgueilleuse
Nous avions donc convenu que notre prochain weekend escapade devrait justifier d’une activité physique difficile, une
sorte excursion a dominante athlétique, un challenge volontaire qui prendrait la forme d’une torture punitive de tous
nos excès!
Il faut dire qu’après une longue série de weekends léthargiques
sur des îles lointaines, à squatter de splendides plages ou
gentiment caboter de jolis bateaux, notre joyeuse équipe de
vainqueur avez développé de formidables capacités. Entre
autre, la capacité d’endurer d’interminables déjeuners ou nous
engloutissions d’extraordinaire quantité de poissons ou
langoustes grillées, ou encore, la capacité de battre des records
de vitesse a l’endormissement en terrain sableux et en plein
soleil, nous étions recordmen de ‘’la danse en fauteuil’’ et du
‘’déhanchée/cadencé’’ accoudé au bar, nous étions capables de
parcourir des kilomètres de bières et maîtrisions a la perfection
le ‘’frapper/jeter/déglutiner’’ de Grey Goose sèche. Bref
d’invraisemblables athlètes à qui il était grand temps de dire
STOP !

Après quelques recherches, nous tombons sur l’un des treks les plus
ardus d’Indonésie ‘’Le Mont RINJANI’’, nous bookons 1 guide, 4
porteurs ainsi que tous les équipements nécessaires à la randonnée.
Celle‐ci s’organise autour de 3 jours de marche pour gravir le
sommet du volcan, apparemment actif, et 2 nuits à dormir sous la
tente. L’émulation des préparations physiques bats son comble, l’un
s’enorgueillie de faire 12 pompes chaque matin, l’autre de parcourir
6 kilomètres en moins de 30 minutes et le dernier de pouvoir
monter à la corde sans les pieds !! Bref, on sent que ce Rinjani va
être du gâteau…
Le départ
Mataram 5am ‐ Impossible de réveiller notre concurrent numéro 1 (pour ne pas citer son nom) il ronfle à rêves perdus
d’iles lointaines et de sexe à moindre effort, concurrent numéro 2 est plongé dans son bol de Chocapic pour ‘’Accumuler
des fibres énergétiques et prévenir la rétention d’eau dans les muscles’’ me dit il !! Quant à moi, je suis au taquet,
j’attaque direct les échauffements dans le hall de l’hôtel et j’ai tout mon équipement fin prêt pour l’ascension.
Ca y est. On y est. On attaque la section initiale, la base du
volcan!! Toutes nos belles paroles, nos idées préconçues
s’envolent et laissent dévoiler peu à peu la réalité d’une
ascension qui se dresse devant nous… La première attente fût
de voir des paysages verdoyants, de la nature brute, des
perspectives d’horizon infini et respirer de l’air pur … VERIFIE
elles sont là, c’est vibrant !! La deuxième attente concerne le
niveau de difficulté du trek, l’impraticabilité du terrain, la
raideur de la pente et les conditions atmosphériques… PAS
VERIFIE, pour l’instant tout coordonne, le chemin est bien tracé
et sans obstacles, il fait beau, bref c’est trop facile !! La
troisième attente intéresse le rythme de croisière, j’ai envie de tracer vite, de faire la montée façon chasseur alpin, ou
légionnaire en vadrouille, courir et mettre à l’amende les guides pour atteindre ce putain de sommet en un temps
record… PAS VERIFIE, on est ligoté à un couple d’autrichien qui n’avancent pas, je boue d’impatience, je trépigne de
prise de vitesse !! Bon finalement, nous marcherons calmement 3h durant, avant de faire escale pour le déjeuner.
Les porteurs sont chargés comme des mules, leurs fardeaux pèsent au moins 20kg
qu’ils doivent porter à même l’épaule nue. Ils transporteront leur bardât tout le long
des 72h du périple. Celui‐ci contient les équipements (sacs de couchages et les
tentes), l’eau & les vivres et les ustensiles de cuisine… Ils ont comme seules
chaussures de petites tongues usées et ils fument de grosses cigarettes de tabac et
girofle. Apres 1h de break, j’ai encore plus la patate, je vais l’avaler la grimpette… le
guide explique vaguement que l’ascension durera 5h, avant de rejoindre le camp où
nous passerons la nuit. Il précise également que si les plus rapides d’entre nous
souhaitent partir devant, ils n’ont qu’à suivre le chemin et attendre le reste du
groupe une fois là‐haut.
Ohh putain, ainsi soit t’il,
j’attrape mon pote et on
trace direct pour la
montée. Pink Floyd à
fond dans les oreilles, je
reçois un frisson d’excitation, une envie de challenge fort, la
concupiscence d’un dépassement de soit. D’épais nuages
nous masquent la visibilité et il est difficile de distinguer à
quoi ressemble la pente à venir.
Le soufflet
J’ai l’impression que nous avons complètement perdu la notion de la distance déjà parcouru et encore restante, ainsi
que la notion du temps, nous avons bien galopé au devant du groupe et avons marché au moins 1h. Diablement, la
pente se raidie, chaque nouveau pas semble plus lourd que le précédent. Mon co‐équipier et moi même avons deux
techniques de grimpée très différentes, lui marche à un rythme constant, régulier et sans pause, alors que moi je
développe plutôt des impulsions d’efforts, récompensées par un repos arrêté. Quelque part je sais que c’est lui qui a
raison, que sa technique est plus endurante et efficace que la mienne. Trouver un rythme propre, une cadence continue
sera donc un objectif dans l’objectif, un challenge supplémentaire !!
Ca doit faire 1h que nous sommes dans un brouillard
épais, il crachine de fines gouttes de pluie qui
alourdissent nos vêtements et emprisonnent la sueur,
nous suivons le sentier en espérant tomber
prochainement sur le campement, mes jambes
commencent sérieusement à encaisser les 6h de
marches, en effet, je n’ai jamais véritablement eut
l’occasion de marcher autant d’un seul trait.
Nous croisons un porteur qui arrive en sens inverse, il
trottine gentiment la descente escarpé clope au bec
avec ses petites tongues et ses 25kg sur l’épaule,
Ahurissant !! Il nous informe que le bivouac est à 2h de marche, Stupeur !! Quoi? Encore !!… je suis cuis, mes jambes
tremblent de fatigue et je n’avance qu’au ralenti. L’ascension de l’après midi est divisée en 5 collines successives, nous
sommes à la 3ème et les deux collines restantes sont encore plus pentues !
Fantasmes et divagations
Ok enough ! si on veux arriver là‐haut en
2h, il est temps de prendre un vrai rythme,
ni trop rapide, ni trop lent, constant et
persistant, pas après pas je serre les dents
et ferme ma gueule. Je calle une playlist
que j’écouterai en boucle tout le long du
trek (Kasabian ‐ Fire, The Cure ‐ Lovesong,
The Kooks ‐ Ooh La, Radiohead ‐ Jigsaw &
Broken Bells ‐ The High Road) avec ça je
suis paré, on va bouffer du wild sale batard,
les sourcils froncés, le rictus sévère, la
larme à l’œil et la volonté de se dépasser
physiquement, parvenir là où si peu sont
allés, abandonner derrière moi ceux qui
auront chuter ou baisser les bras. La marche prend une configuration instinctive, presque mécanique, celle d’un soldat
qui part en parade ou celle d’un astronaute de retour sur terre acclamé par la foule et pourtant si rêveur. La présence
de mon pote est un grand plus, nous sommes solidaires de cet effort, il m’aide à mesurer la difficulté, le risque, la
démence… nous alternons le lead pour économiser nos forces. Je ne sais pas si c’est l’altitude, l’effort ou l’hypoglycémie
mais je suis prodigieusement perché, je divague complet, à base de raisonnements incongrues, blagues solo, et j’ai la
dalle du Bengal ;) Je m’imagine dans la suite d’un fabuleux hôtel enfilant mon peignoir cossament cossus à la sortie d’un
bain chaud, m’allongeant sur un divan scandale en plein caniare, ou encore mangeant des fruits de l’océan avec les
doigts et mordre bestialement un gigot à l’os.. Je m’évapore en délirium complet !! Heureusement le rythme est là, callé
comme un disque en boucle. Nous continuons notre escalade aveugle, avec en tête l’idée persistante que ce trek sera
finalement mon chemin de croix !!!
Le bivouac rédempteur
Deux heures de lutte supplémentaires
auront eu raison de mon insolence
initiale, je suis abattu, frileux et gavé de
cette interminable ascension,
j’entr’aperçois le camp au loin, Ooutsh
dernière ligne droite en mode lueur au
bout du tunnel. Le reste du groupe,
notamment les porteurs, sont surement
encore loin derrière, il nous faudra donc
attendre patiemment avant de pouvoir
monter le campement, allumer le feu de
camp, enfiler des vêtements secs et se
rouler en boule frissonnante dans notre
sac de couchage. Petits bonheurs
simples qui dans d’autres circonstances
ne font pas rêver mais qui la haut
perché me combleront pleinement.
La nuit tombera bientôt et je prends finalement le temps de me poser pour apprécier la vue. Le campement est situe à
2900 mètres d’altitude et a était stratégiquement établi sur la gigantesque corole du cratère, c’est vertigineux. Au milieu
du cratère ce trouve un lac turquoise ainsi que le plus récent des cônes volcanique en activité depuis l’an dernier. Le
soleil se couche de l’autre cote du cratère, le ciel se teint en agrumes façon poster avec les loups et la rivière qui
clignote… j’ai presque envie d’être romantique ce soir.
La tente a été montée à l’arrache et des gouttes d’eau nous floquent dessus, entasser à 3 entre les sacs à dos, les
vêtements mouillées, et les couchettes entremêler, notre tente c’est Kabul!
Lors du briefing du soir, le guide nous notifie
que pour l’ascension finale de demain le réveil
se fera à 2h du matin, que nous devrons
marcher 3h pour rejoindre le pic à 3726 mètres,
en synchro avec le grand flamboyant, un frisson
me traverse! Je sais que notre corps possède
des ressources énergétique sous estimées,
qu’avec très peu de nourriture et peu de
sommeil, il est néanmoins capable de
développer de fantastiques efforts, notamment
en condition de survit. Je suis survolté à l’idée
de grimper tout là‐haut et finaliser mon
aventure. Bien évidement notre trop plein
d’excitation nous empêche de dormir, et notre
trop plein de blagues empêche également tout
le campement de dormir. C’est la surenchère
perpétuelle de blagues visqueuses et de rires
bien gras jusqu’à 1h du mat… du coup la nuit
sera courte.
Le Sommet
Campement 2am – Réveil râpeux, dehors, il fait nuit noir. Seule la lune, le feu et quelques torches éclaire le camp.
J’enfile mes godasses trempées ainsi qu’un gros pull pour couvrir les pauvres degrés qui subsistent. Le petit déj se fait
dans un silence religieux, une banane, quelques biscuits et un bon thé sucré chaud apporteront l’énergie nécessaire à
l’escalade. Au moment du départ je réalise que seulement un petit nombre de participant a fait l’effort de se réveiller
pour l’ascension finale, les autres, épuisés par leur
journée d’hier préfèrent roupiller quelques heures de
plus. J’ai perdu un camarade dans la bataille. Perso, je
suis un peu flapi mais j’ai la volonté ferme d’aller
jusqu’au bout pour caresser le sommet, l’intention
formelle d’aller me faire violence là‐haut !! La
praticabilité du terrain à changer, nous marchons
désormais dans un sable volcanique qui casse le
rythme et ralenti laborieusement la marche, de plus la
pente est encore plus raide qu’hier. Notre petite
loupiote frontale peine a éclairer notre chemin et il
n’est pas rare de trébuché sur une pierre, c’est
exténuant !! Nous suivons le guide en cordée,
marchons dans ses pas et a son rythme, la
transhumance de nuit. 1h!
Nous atteignons un sommet intermédiaire ou un
petit groupe de personnes attendent déjà le
lever du soleil, pour eux l’ascension s’arrêtera ici.
Au lieu de faire ma pause, je saisie l’opportunité
de poursuivre l’ascension avec un autre groupe
qui finit son escale et poursuit la grimpée vers le
sommet. J’ai consciemment perdu le groupe
initial et poursuivais désormais mon chemin (de
croix) seul. Mon pote lui aussi fera bande a part
a son rythme. Soudain un gros vacarme retenti,
comme un coup de tonnerre à proximité, oh
putain c’est quoi ce bordel !! Le volcan nous
improvise une éruption surprise !!! le sol a
tremblé et je ne suis pas du tout rassuré, genre
gros fiotte accroupi près à tracer ma race…
Je regarde le guide pour percer le niveau de
risque de l’incident, il me sourit naïvement, bon
relève toi bonhomme c’est peut‐être rien de grave. C’est
grandiose, la lave est en ébullition, les flamboyantes couleurs
rouge/orange/jaune transpercent la nuit et brillent comme des
lasers, je suis en admiration complète. J’imagine que cette lave a
traversé des milliers de kilomètres en provenance du centre de la
terre pour venir surgir ici, Waouh !! Une prodigieuse nuée
ardente croit dans le ciel et se déporte vers l’autre cote, dieu
merci ! Je reprends ma route abasourdi. Les personnes du
nouveau groupe avec qui je faisais la montée s’arrêtent une à
une et tres vite je me retrouve seul, en tête loin du peloton. Il est
4.30am et le soleil ne se lèvera pas avant 5.45am. Je ferai la
partie finale d’1h en solo, je suis à bout de souffle et exténué,
mais comme un peu maso je souhaite continuer, pour rien au
monde je renoncerais à mon sommet. La dernière partie est
absolument impraticable, une longue ligne droite d’un kilomètre en équilibre à flan de montagne grimpe à 45° pour
rejoindre le sommet, un véritable parcourt du combattant, constant et sans surprise la montée est un calvaire, c’est
physiquement tellement éprouvant que je suis obligé de faire une pause toute les 15 secondes pour reprendre mon
souffle, parfois accroupi, transpirant et rageur je progresse laborieusement par section de 5 mètres.
Bientôt je rejoins le sommet, le voici le magnifique !! Quelques minutes seul, perché sur mon ilot, loin du monde et loin
des gens, ici seulement je relativise tout ! Je me rempli de cette immensité. Elle a un goût, une odeur, celle du néant,
celle que je suis venu chercher…
Do.













