L’enquête sur l’attentat de Karachi dévoilerait une véritable affaire d’Etat
Le 8 mai 2002, un attentat à la voiture piégée contre un bus affrété par la DCN (direction des constructions navales) fait 14 morts à Karachi, au Pakistan. Parmi eux, 11 ingénieurs français travaillant pour la DCN.
Les premiers soupçons se sont portés sur la piste terroriste et Al-Qaïda.
Me Morice, l’avocat de sept familles de victimes de l’attentat a précisé le 18 juin dernier, à l’issue d’une rencontre avec les juges antiterroristes chargés de l’affaire, qu’ils abandonnent la « piste terroriste » et travaillent désormais sur une véritable affaire d’Etat.
Les militaires et services pakistanais auraient commandité l’attentat en représailles au non-paiement de commissions, promises par la France lors de l’achat de sous-marins.
Selon l’avocat des familles, dans le cadre du marché conclu avec le Pakistan, des «rétrocommissions étaient versées», c’est-à-dire qu’une partie de l’argent revenait en France. Ces rétrocommissions auraient servi au financement de la campagne électorale d’Edouard Balladur en 1995.
D’après l’avocat des victimes, une fois au pouvoir, Jacques Chirac aurait décidé d’arrêter le versement des commissions au Pakistan, afin que des rétrocommissions destinées à financer la campagne d’Edouard Balladur, ne soient plus versées, réduisant ainsi les moyens de son principal adversaire politique.
En 2008, dans le cadre d’une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d’armes et lors d’une perquisition au siège de la DCNS (ex DCN), des policiers découvrent des documents portant sur des sociétés par lesquelles ont transité des commissions versées en marge de contrats d’armements.
Un de ces documents, baptisé « Nautilus », indique que «l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes» des services secrets pakistanais. Selon cette note, versée au dossier de l’instruction, « les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action poursuivaient un but financier (…) Il s’agissait d’obtenir le versement de commissions non honorées » dans le cadre d’un achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994.
Selon Mediapart, l’auteur de la note «Nautilus» serait un «ancien membre des services secrets français, ex-agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST)», Claude Thévenet. II reconnu devant un juge antiterroriste, le 14 mai, être l’auteur de ce document et l’a confirmé à Mediapart.
Interrogé jeudi par France 3, Edouard Balladur a de son côté déclaré qu’il
« Il y a eu effectivement des accords qui ont été passés avec le gouvernement pakistanais », « à ma connaissance tout cela était parfaitement régulier, je n’ai rien à ajouter ».
Le 24 juin, l’ancien ministre de la Défense Charles Millon a reconnu avoir bloqué «le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions».













